Focus

Blundetto : le tripoteur de sons

Mercredi 23 juin 2010 à 17:06 | Par Roald Billebault
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Maxime Guiguet alias Blundetto est dijonnais. Depuis douze ans il est programmateur pour la radio parisienne Nova, et vient de sortir un album très remarqué : bad bad things. Son style ? Il n’en a pas. Blundetto joue plutôt la carte du mélange des genres.  Soul, jazz, reggae, dub… C’est chaud, groove et chatoyant…

 

GazetteINFO : Après la programmation musicale tu t’es mis à ton propre compte… Explique-moi ça, un peu ?

Blundetto : J’ai toujours un peu fait ça en parallèle à mes activités professionnelles. Quand j’étais encore à Dijon, c’était avec des groupes, et puis quand je suis arrivé à Paris à Radio Nova, j’ai entamé des projets un peu plus solo. J’avais déjà sorti un album sur le label de Laurent Garnier (ndlr : F-communication).

 

Tu as fait partie de pas mal de groupes dans le passé… Finalement tu te sens mieux en solo ?

Ce n’est pas que je me sens mieux en solo, c’est tout simplement le contexte qui est différent. À Dijon c’est plus facile de faire de la musique en groupe, on était nombreux, il y avait de l’espace. À Paris c’est vrai que c’est un peu plus compliqué, mais petit à petit j’ai réussi à me monter un set-up de home studio, une configuration optimale dans laquelle je me sens bien et dans laquelle j’arrive à faire de la musique tout seul. Après, cela ne m’empêche pas de faire appel à plein de gens que j’aime bien pour terminer les morceaux…

 

Blundetto comme nom de scène, en fait t’es fan des Sopranos ?

Très très fan. C’est arrivé au moment  où j’étais assez accroc à la série et où je cherchais un nom. J’avais un titre à placer sur une compilation du label F-communication, et dans Blundetto j’ai trouvé qu’il y avait une sorte de musicalité, un côté méditerranéen qui me plaisait bien.

 

La question du journaliste musical, que je ne résiste pas à te poser : comment définirais-tu ta musique ?

J’aime bien dire que c’est de la musique de film sans le film. À l’auditeur après de faire le travail d’imagination. C’est de la musique que j’aime écouter tard le soir, ou en voiture par exemple. En fait j’aime bien me dire que c’est la bande originale d’un film qui n’existe pas.

 

Quand on écoute ton album on sent que tu aimes bien mélanger les styles… Tu voulais satisfaire tout le monde?

Non, mais c’est peut-être dû à ma fonction de programmateur. À Nova nous n’avons pas de format, et je m’intéresse à tous les styles de musique, sans barrière. Quand on a une histoire à raconter il y a un style qui va correspondre au moment précis. Si je veux raconter quelque chose de doux, de calme, je vais plus utiliser du reggae, du dub… Si ça a besoin de s’énerver un peu, c’est vers un autre style que je vais m’orienter.

 

En même temps tu restes fidèle à l’esprit Nova,  l’éclectisme…

Forcément. Et depuis douze ans, j’ai digéré beaucoup de musique, croisé des discothèques impressionnantes comme celle de Jean-François Bizot (ndlr : le fondateur de radio Nova décédé en 2007)…

 

Parle-moi un peu de ta façon de travailler. J’ai lu quelque part que tu étais du genre méticuleux ?

J’aime bien passer beaucoup de temps sur ce que je fais, je ne sais pas pourquoi… Il faudrait peut-être l’analyser. Je dessine aussi parfois et c’est vrai que j’aime passer du temps sur les détails. C’est peut-être un luxe aussi, parce que pour moi la musique c’est un hobby, je n’ai pas l’impératif d’en vivre, donc je peux passer quinze jours à trouver le son qui me convient.

 

Tu dis souvent que la musique n’est que recyclage… On tourne en rond tu crois ?

Pas du tout, mais lorsque j’ai idée, je pense qu’elle vient forcement de quelque part, même si c’est trois notes entendues au détour d’un disque auquel on a pas forcement fait attention. L’idée a forcement une origine, même si je suis incapable de dire d’où elle venait lorsque je termine un morceau. L’inspiration c’est être inspiré par quelque chose qu’on a déjà entendu. Dans ce sens c’est du recyclage, mais ce n’est pas du tout péjoratif.

Tu ne te caches pas d’ailleurs de trouver l’inspiration chez les autres… Tu fais comment pour éviter le goût du déjà entendu ?

Une fois un morceau terminé, j’ai moi-même perdu l’idée première, le fil conducteur,  c’est un peu comme une première couche de peinture. Après, je mets des couches successives par-dessus. Et quand à la fin on peut se permettre d’enlever la matière première, c’est vraiment qu’on est arrivé à quelque chose d’intéressant.

 

L’accueil de ton premier album est positif, y compris de la presse spécialisée. J’imagine que tu ne comptes pas t’arrêter en si bon chemin ?

C’est vrai que tout cela m’encourage à continuer, d’ailleurs la suite est déjà bien enclenchée, j’ai pas mal de morceaux prêts, d’autres plus brouillons. Je compte bien faire appel à des gens que j’aime pour les terminer, mais le casting sera un peu diffèrent du premier.

 

Est-ce que tu t’es autoprogrammé sur les ondes de Nova ?

Non, mais c’était une question un peu délicate qui allait se poser à un moment ou à un autre. J’étais un peu gêné par rapport à ça, et personnellement je ne l’aurais pas fait. Le co-programmateur de Nova m’a fait la bonne blague d’attendre que je parte en vacances pour entrer un des titres de l’album en prog. Tu sais, je suis un peu incapable d’avoir un jugement sur ce que je fais puisque j’ai entendu environ 1450 fois chacun des morceaux. Je ne sais plus quoi en penser, je n’ai pas le recul suffisant pour savoir si c’est bon ou pas pour Nova, je suis trop impliqué.

 

Blundetto – Bad bad thing (heavenly sweetness)

 

 

 

 

 

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