Interview

Cinéma / F.Schoendoerffer : « Ne pas magnifier la violence »

La troisième édition du festival international du film policier de Beaune s’est clôturée dimanche. L’occasion de rencontrer le réalisateur Fréderic Schoendoerffer et le scénariste dijonnais David Defendi. Les deux hommes travaillent  ensemble sur le scénario d’un film qui devrait voir le jour en 2012.

 

 

GazetteINFO.fr : Où en êtes-vous sur vos projets de films que vous avez dans vos tiroirs, je pense notamment à Une femme d’affaires ou le Serment des limbes l’adaptation du livre éponyme de Jean-Christophe Grangé ?

Frédéric SCHOENDOERFFER : Pour Une femme d’affaires, le scénario n’est pas terminé, il faut encore le retravailler mais c’est un film que je souhaite vraiment faire. Le Serment des limbes ne se fera pas, en tout cas pour l’instant. En revanche pour mon prochain film, Switch, Jean-Christophe Grangé a écrit le scénario (ndlr : Avec Éric Cantona et Aurélien Recoing  – sortie nationale le 13 juillet 2011).

 

Vous n’excluez pas – un jour – de tourner un film de guerre, vous avez une période de prédilection ?

FS : J’aimerais faire un film de guerre actuel. Je suis français et le seul théâtre d’opérations où les Français sont engagés pour l’instant sur le plan terrestre c’est l’Afghanistan. Donc je pense que ce serait un film de guerre sur l’Afghanistan. Après rien n’est fait, rien n’est définitif.

 

A contrario qu’est-ce qui ne fera jamais partie de votre filmographie ?

FS : Un navet par exemple…

 

« Pas d’ingrédients parfaits aux films policiers »

 

Ou une comédie… ?

FS : J’aimerais bien faire une comédie, j’adore ça en tant que spectateur. Après je ne saurais pas faire le scénario.

 

Vous avez réalisé la moitié des épisodes de la première saison de Braquo (ndlr : David Defendi est l’un des scénaristes de la série). A priori vous ne serez pas sur la deuxième saison, mais avez-vous été mis dans la confidence sur les rebondissements à venir ?

FS : Non, pas du tout et je ne le souhaite pas. J’ai été enchanté de faire Braquo, ça a été une expérience formidable avec Olivier Marshall. L’exercice de style m’a passionné. De mettre mes pas dans ceux d’Olivier était amusant, comme d’être confronté à des textes que je n’avais pas écrits. J’ai fait ce que j’avais à faire sur cette série, maintenant ce sont d’autres gens qui vont se l’accaparer. Je vais découvrir la suite en même temps que toi finalement.

 

Vous allez retenter l’expérience télévision ?

FS : Il ne faut jamais dire « Fontaine je ne boirai plus de ton eau ». Je l’ai fait, ça s’est bien passé, j’ai beaucoup appris, et on a fait une très belle audience. Pour l’instant je fais du cinéma, je verrai à ce moment-là mais pourquoi pas…

 

Les ingrédients du film policier parfait pour Frédéric Schoendoerffer, ce sont lesquels ?

FS : Très honnêtement je ne sais pas. Un bon scénario déjà.  Mais je ne crois pas qu’il y ait d’ingrédients parfaits. C’est assez délicat de répondre à ce genre de question, ce serait très prétentieux de ma part. Je fais mes films, j’essaie de les faire le mieux que je puisse, avec toute ma sincérité, mais en aucun cas je ne donnerai de leçon à qui que ce soit.

 

«  La violence, élément essentiel du dispositif »

 

Le film policier c’est un style que vous affectionnez tout particulièrement. Quels étaient vos films fondateurs, ceux que vous regardiez lorsque vous étiez adolescent ?

FS : Lawrence d’Arabie ou Le pont de la rivière Kwai. David Lean est pour moi un maître absolu, c’est mon cinéaste favori toutes époques confondues. Je suis fan de Michael Mann depuis son premier film ; de Sam Peckinpah également. The Getaway notamment, qui est le plus beau flash forward de toute l’histoire du cinéma. Après, il y a des gens comme Verneuil et Le clan des Siciliens. Je dirais aussi tout le cinéma américain de genre des années soixante-dix.

 

La violence est-elle un ingrédient indispensable au genre policier ?

FS : Oui, évidemment, tout simplement parce que c’est un monde violent. Ne pas mettre de violence dans un film policier serait aller contre le genre, ce serait contre nature. Après je n’aime pas la violence mais c’est un élément essentiel du dispositif. Il faut faire attention car la violence est dangereuse, même la représentation de la violence est dangereuse, il ne faut pas la magnifier. C’est très compliqué finalement.

 

Un film qui manque de réalisme débouche-t-il automatiquement sur un mauvais film ?

FS : Cela dépend du sujet du film. Il y a des films qui ne sont pas du tout réalistes et qui fonctionnent très bien. Tout cela est très subjectif, c’est vraiment une histoire de goût. Personnellement j’aime le réalisme, mais cela ne veut pas dire que je n’aime pas autre chose. J’adore Les visiteurs par exemple, de Jean-Marie Poiret, et c’est absolument irréaliste comme film.

 

« Perso, j’aime le réalisme »

 

Vous travaillez en ce moment  avec David Defendi sur le scénario d’un film. Lequel me fait le pitch ?

David DEFENDI : C’est l’histoire vraie d’un homme qui a fait toute sa carrière dans les services secrets. Il était en charge des islamistes et des terroristes d’extrême gauche. Et un jour on lui demande de s’occuper d’une mission sur l’ile de Saint-Martin. C’est une grosse affaire de corruption, avec en toile de fond la Cosa Nostra. Quand ce type débarque et qu’il voit ces truands en Cadillac avec des super nanas, ça lui fait forcement perdre la tête. Quelque part il va y perdre sa vie, totalement passer de l’autre coté.

 

Frédéric Schoendoerffer : Moi ce qui m’a aussi plu dans cette histoire, c’est qu’on commence sous la pluie à Strasbourg, et qu’on finit au soleil avec des nanas en string. Y a quelque chose de ludique là-dedans. Ce film c’est l’itinéraire d’un homme, l’histoire d’un être humain qui à un moment donné est confronté à la tentation et qui ne doit pas y succomber…

 

C’est une histoire qui finit mal a priori…

FS : D’une certaine manière elle finit mal, et plutôt bien de l’autre. Elle finit mal parce que le type aura perdu toute ses illusions et la femme qu’il aime, et elle finit bien parce qu’il est juste vivant.

 

Concrètement comment travaillez-vous sur le scénario ?

FS : Comme ça tu vois, autour d’un verre de vin blanc ou de coca-cola. Ce sont des discussions à bâtons rompus. David tient la plume, c’est son métier.  Après, on échange, c’est assez mystérieux. Mais c’est finalement une entreprise très mystérieuse d’écrire un scénario.

 

David Defendi : Après il y a des séances de travail qui sont beaucoup plus courtes au départ, et qui évoluent en fonction de l’avancement du scénario. On a fait un voyage récemment à Saint-Martin au moment où nous avions pris pas mal de risques sur le scénario. Ce voyage nous a permis de recadrer les choses.

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