Philippe Anginot : « Marsac était sans état d’âme »
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Philippe Anginot est l’auteur d’Histoires vraies en Bourgogne, un ouvrage où il est notamment question de Jacques Marsac, un flic collabo qui terrorisa la région pendant l’occupation. Une allégeance à l’occupant qu’il paiera au prix fort.
GazetteINFO.fr : Brossez-moi le portrait de Jacques Marsac, un personnage dont on sait assez peu de choses finalement…
Philippe ANGINOT : Jacques Marsac est né à Bergerac en 1916. Il est un brillant fonctionnaire de police. Un personnage qui en quatre ou cinq ans seulement a gravi tous les échelons de la hiérarchie pour devenir le responsable des renseignements généraux de toute la région Grand-Est. Jacques Marsac était du genre zélé et sans état d’âme.
Ascension fulgurante qu’il doit à son allégeance à l’occupant ?
Oui, en partie, mais je pense avant tout que c’est quelqu’un qui collait totalement avec les valeurs que défendait le gouvernement de Vichy, fondamentalement anticommuniste virulent, défenseur d’une France traditionnelle. Cela lui a permis de monter aussi rapidement dans l’administration. Avec la politique de collaboration, ses intérêts ont collé avec ceux de l’occupant, jusqu’à ce qu’il devienne cette sorte de monstre que tout le monde connaît.
Anticommuniste notoire, mais a-t-il pour autant épousé les thèses antisémites de l’occupant allemand ?
Il a prétendu par la suite qu’il n’y avait aucun antisémitisme dans ses actes et qu’il s’agissait uniquement d’anticommunisme, qu’il défendait les valeurs catholiques et chrétiennes. Étant donné qu’il n’y a pas eu de procès, il n’y a pas eu du coup de dossier à décharge. Ne reste de lui finalement que cet immense symbole qu’a été la chasse aux Normaliens après l’attentat de 1942.
Lors de l’attentat de 1942 justement (ndlr : contre le foyer des soldats du Reich place du Théâtre à Dijon) il mettra toute son énergie à capturer les auteurs. Avec toujours en toile de fond cette haine du communiste…
Absolument, et les Dijonnais n’ont jamais digéré ça. C’est un fait d’armes pour lui puisqu’en trois mois il a trouvé les responsables de ce petit attentat, qui au passage a juste fait exploser des vitres, sans faire la moindre victime. Les Allemands n’ont pas fait de quartier puisque le jour même de leur arrestation les cinq garçons ont été fusillés. Je crois qu’il pensait que cela allait donner l’exemple et refréner toutes les envies d’actions de ce type. Et cela a provoqué précisément le contraire.
Vous racontez dans votre livre qu’il était capable d’actes barbares pour obtenir des aveux… Dites-m’en plus…
Il y a eu quelques études sur le sujet mais à aucun moment Marsac n’est présenté comme l’auteur d’actes barbares ; mais c’était plutôt celui qui était dans le bureau d’à côté. Il était vraiment prêt à tout pour obtenir des renseignements afin de prouver son efficacité aussi bien auprès de Vichy qu’auprès de la Gestapo.
« Son corps est empalé sur les grilles »
À la Libération, Marsac est arrêté. Dans votre livre vous vous interrogez sur la souplesse de ses conditions de détention, un peu comme si on voulait le voir s’évader, mieux, se faire abattre…
Clairement oui. Il faut savoir que ceux qui s’occupaient de lui étaient ses anciens subordonnés, ce qui est déjà particulier. Il se déplaçait de la maison d’arrêt au palais de justice tranquillement à pied tous les jours. Manifestement il avait des conditions de détention très privilégiées. Il tentera même de s’évader. On peut penser, avec cette espèce d’hypocrisie dont l’administration sait faire preuve parfois, que l’on cherchait un bon moyen de ne pas faire ce procès.
Procès d’ailleurs qui n’aura pas lieu puisque le 15 février 1945 (ndlr : après l’ajournement de son procès) la vindicte populaire va lui coûter la vie dans des circonstances terribles. Événement sans précédent à Dijon.
C’est tout à fait unique à Dijon, et en France d’une manière générale. 25 000 personnes, plus du quart de la population dijonnaise de l’époque, qui se réunissent pour aller montrer au juge ce qu’est la vraie justice, c’est du jamais vu. Cette foule décide d’aller jusqu’à la prison pour extraire Jacques Marsac. Dans le déroulement tout n’est d’ailleurs pas très clair. Comment les portes de la prison se sont ouvertes ? Pourquoi y avait-il des gens armés ? Et que d’autres avaient des échelles… Cela semblait bien organisé.
Et tout dérape en quelques instants…
À peine sorti de sa cellule on lui passe un ceinturon autour de la taille pour le faire avancer comme un chien. À l’extérieur de la prison il est bousculé violemment par la foule, roué de coups. Il n’est même arrivé jusqu’à la place qu’il est déjà mort. Il sera pendu au panneau indiquant l’école du boulevard Voltaire ; son corps se décroche ; il est de nouveau pendu à un marronnier. On l’exhibe, on le transperce avec des pics. Son corps ensuite est traîné dans les rues jusqu’à la place de la Mairie, où il est empalé sur les grilles. On a laissé faire les plus jeunes, un peu comme une vengeance des étudiants dijonnais après l’affaire des Normaliens fusillés en 1942.
Certains historiens n’excluent pas que Marsac ait été une sorte d’agent double, travaillant aussi pour l’Intelligence service britannique… Qu’en pensez-vous ?
Il n’y a pas suffisamment d’informations sur ce point. Je pense que si cela avait été le cas, ça se serait passé différemment. S’il avait été un personnage important des services secrets britanniques il aurait été protégé après sa reddition auprès de la résistance. Et puis il ne faut pas oublier qu’il a réussi à faire tomber des agents britanniques. En tout cas s’il l’a été, il l’a été très tard…
Histoires vraies en Bourgogne de Philippe Anginot – Le Papillon Rouge Éditeur

















J’étais dans la foule se rendant à la prison.En passant rue d’Auxonne un boulanger a ete devalise de son tas de charbonnettes qui se trouvait encore sur le trottoir.Marsac a ete tue par les coups de charbonnettes qui lui ont ete assenes par la foule a sa sortie de prison.