Les forçats du tram






Depuis plusieurs mois, les panneaux de travaux couleur cassis font presque partie des meubles à Dijon. Un chantier intense où se mêlent précision, passion, et défis.
« Les gars, vous attendez le tram ? » se marre Mickaël Tomasek, conducteur de travaux sur la zone sud, en regardant des ouvriers profiter du début de leur pause de midi. La chaleur est intense, et la fatigue ne se dissimule pas sur les visages. Exténués, les ouvriers dans le secteur du pont de la rue Monge se lèvent pour saluer Mickaël. Dans le milieu, tout le monde se tutoie et se respecte. Chaque poste possède une importance capitale. Le moindre grain de sable et la machine s’enraye. Dans ce cas, le retard s’accumule et personne n’est gagnant dans l’histoire. Alors, sans se précipiter, tout le monde sait ce qu’il a faire. L’un des aspects délicats des travaux à Dijon est le temps de réalisation. Selon le calendrier, pour l’instant tenu, tous les rails devront être posés au plus tard au début du mois de mars 2012 ! Histoire de compliquer un peu plus la tâche, les deux lignes du futur tramway sont en travaux sur la quasi-totalité de leur parcours. Pour beaucoup de spécialistes des tramways, c’est la première fois qu’un chantier de cette importance se déroule aussi vite en France. Cette besogne pharaonique ne doit pas non plus bloquer la circulation à Dijon. Le tracé ne pouvant pas être toujours droit, les courbes nécessitent une emprise au sol importante. « Il est préférable de réaliser un virage en une seule fois » explique Mickaël. « Sinon, on a des difficultés pour l’alignement » poursuit-il. Des rails mal ajustés provoquent non seulement une légère secousse pour les voyageurs (comme quand un train passe un aiguillage), mais aussi le matériel s’use plus vite. Les rails s’abiment prématurément, et les boggies des rames font de même.
Une course contre la montre
En face du pont de la rue Monge, la courbe est peu prononcée, pourtant, il va falloir détourner la circulation. Une pelleteuse recouvre les rails déjà installés. Le carrefour se modifie. Là aussi rien n’est laissé au hasard. Une équipe réfléchit, plan en main, pour placer au mieux les nouveaux feux de circulation, les passages piétons, les barrières, le nouveau tronçon provisoire… Tout doit être disposé pour que la gêne soit la plus minime à la fois pour les automobilistes, les bus, les camions, et les secours. Un exemple parmi tant d’autres éléments inclus dans la réflexion. Les feux provisoires sont alimentés par voie aérienne. Si le câble n’est pas placé assez haut, un bus ou un camion peuvent facilement le couper. Mais s’il est placé trop haut, il va falloir le rallonger considérablement ce qui engendre des travaux supplémentaires risquant de retarder l’avancée de l’ouvrage… Cette course contre la montre ne doit souffrir d’aucun contretemps. La mise en service du nouveau dispositif est prévue pour le début de la semaine du 4 juillet…
« Rendre service aux gens »
Dans cette même semaine, la place du 1er mai changera elle aussi de carrefour. La raison est la même que pour le secteur Monge. Une courbe doit être installée et cela nécessite une grande emprise au sol. La réflexion sur la modification d’un carrefour tel que celui-ci ne fait pas à l’emporte-pièce un soir sur un coin de table. Tous les services concernés se réunissent plusieurs mois avant pour plancher sur les plans. Les contraintes restent les mêmes : déranger le moins possible. Sur le papier, tout est détaillé : passages piétons, types de feux utilisés, emplacements des barrières, sens de circulation, et même les comportements parfois étranges des automobilistes s’obstinant à ne pas respecter la signalisation. « Pour faire ce travail, il faut aimer les transports, et rendre service aux gens » explique tranquillement Kayran Kilic le chef des travaux pour la zone sud. Là aussi le moindre détail a son importance. Alors que toute l’équipe s’interroge sur l’utilité d’installer un radar de feux tricolores, une ambulance avec le deux tons se fait entendre. Bloquée dans une file de voitures, elle ne peut absolument pas passer. D’un côté les barrières des travaux, de l’autre, un trottoir très haut. Le conducteur s’agace et klaxonne, des fois que le deux tons ne suffise pas pour signaler sa présence… Devant, une automobiliste panique et tente par tous les moyens de le laisser passer. Mais elle ne peut rien faire. La file est longue, et l’ambulancier avance au même rythme que les autres. C’est vrai que cette vision d’un véhicule de secours, gyrophare et deux tons, coincé dans les bouchons est inquiétante. Toutefois, pas d’affolement. Le transport en urgence de personnes est assuré par le Samu et les pompiers, qui, en concertation avec les acteurs des travaux du tramway, connaissent les endroits à éviter et à contourner.
Limiter les nuisances
Pour limiter au maximum les nuisances, les points compliqués sont concentrés pendant les congés estivaux. Pendant qu’une grande partie de la population de l’agglomération sera en vacances, les ouvriers du tram travailleront d’arrache-pied. L’avancée est significative. Si pendant plusieurs mois, visuellement on pouvait penser que rien ne bougeait, aujourd’hui ce n’est plus le cas. L’exemple le plus frappant se concrétise avenue Jean-Jaurès. En une journée, les 1 512 mètres de voie ont été installés. Pour réussir cette prouesse pour l’instant inédite, les équipes ont eu une idée. Préinstaller sur les rails les traverses. Un rail mesurant 18 mètres, ce sont donc 84 blocs qui ont été acheminés sur le site et installés dans la foulée, et dans les deux sens de circulation ! Tout simplement époustouflant. Une fois tout posé, il faut régler au millimètre. L’écartement entre les rails doit être le même partout : 1 mètre 43. Mais le fer et le béton sur lesquels sont fixés les rails travaillent avec la chaleur, les ingénieurs doivent aussi prévoir cette dilatation. Pour la régler, ils utilisent un rail guide. À Dijon, c’est celui situé à gauche de la voie. À partir de celui-là ils ajustent le bon écartement avec un système de vis. Ce dispositif permet à la fois de calibrer la hauteur des voies et aussi l’écartement. Ainsi, tout est disposé uniformément. Le plus long, comme pour tous les travaux, reste les finitions.
Le chantier intéresse les riverains
Un autre paramètre vient déranger l’avancée : les riverains. En effet, le chantier intéresse beaucoup. Avenue Jean-Jaurès, une entreprise allemande soude les rails entre eux. Au-delà de l’aspect spectaculaire de la manœuvre, un passant a une question qui lui brûle les lèvres : « Quel comburant mettez-vous avec la limaille pour la montée en fusion ? » Le retraité ne parlant pas un mot d’allemand va poser sa question cruciale à un membre des travaux qui est sur le point d’installer contre les rails du caoutchouc pour limiter les vibrations. « Je ne sais pas » répond-il brièvement. Le badaud engage la conversation… Mickaël Tomasek s’amuse de la situation : « Tous les jours des gens viennent poser des questions. Mais il faut veiller à ce que l’échange ne soit pas trop long. » Il ne faut pas croire que des choses top secrètes se déroulent sur le chantier, mais chaque minute de perdue se répercute inévitablement sur le calendrier très serré. Plus loin, des topographes prennent des mesures pour réaliser une prochaine modification de carrefour. Ils sont alors interpellés par un automobiliste : « Je suis riverain, je dois passer par où pour aller là-bas ? » interroge-t-il en montrant une direction avec son doigt. L’un des topographes répond : « Vous prenez tout droit, et ensuite vous tournez à gauche ». Le dialogue avec la population n’est pas inscrit dans le cahier des charges. Pourtant, tous les acteurs du tramway le pratiquent sans se poser la moindre question. Des pétages de plomb peuvent ainsi être évités, à l’image de ce chauffeur routier, furieux dans sa cabine, car son camion ne peut pas tourner à cause des barrières de travaux. Il descend et s’exclame : « Je fais comment moi maintenant pour aller à Saint-Bénigne ? » Mickaël lui explique sur un ton très calme l’itinéraire à suivre. Les personnels des travaux du tramway, en plus d’être des sprinters marathoniens ont aussi des casquettes de guides touristiques et de médiateurs.

















Belle hommage au boulot réalisé par ces pros. la rapidité de l’avancée du chantier est bluffante. Cela dit, heuresement parce que ca commence à être chaud de circuler à certains endroits
Belle hommage en effet. Ils font un boulot de dingue et c’est bon pour l’emploi. Bon pour le reste on verra à l’usage
A ceux qui se plaignent de leur boulot…prenez éxemple!
Même si Avenue du Drapeau et route de Langres c’est l’enfer autant pour les automobilistes que pour les piétons, avec des passages piétons pour traverser cette avenue qui changent quotidiennement, il y a toujours un employé pour vous indiquer le passage le plus court. L’information est donnée avec grande courtoisie et toujours en s’excusant de la gêne occasionnée par les travaux. Chapeau Messieurs!
Quel bel hommage à ces gens qui le méritent
Il faut dire que c’est pour l’avantage de tous car la rapidité des travaux diminue le temps de gêne.
Pour tous ceux qui ne le savent pas et qui doivent se déplacer avec des contraintes d’horaire il y a, à Dijon, un service d’information en temps réel sur votre téléphone mobile même vieille génération, il suffit d’en faire la demande à la Maison du tram ou sur Internet, j’ai présenté les infos reçues sur mon mobile aux personnes d’un magasin de la Toison d’Or.