L’Europe a-t-elle un rôle à jouer dans la défense du cinéma ?
Les Rencontres cinématographiques, ce sont, comme tous les ans, des avant-premières et des projections de grands classiques, des rencontres avec les artistes et des expositions. Mais ce sont aussi et avant tout des débats animés sur les enjeux du secteur audiovisuel. Tour d’horizon des thématiques abordées en cette 21e édition, avec Florence Gastaud, déléguée générale de la Société civile des auteurs, réalisateurs et producteurs (ARP).
Par Daniel Taïeb
Florence Gastaud, l’an dernier l’accent avait été mis sur la loi Hadopi et ses effets sur le cinéma. Sur quoi portera l’essentiel des débats cette année ?
Florence GASTAUD : Pour cette édition, nous avons voulu donner un rayonnement plus européen aux Rencontres. En tant que réalisateurs, auteurs et producteurs, nous menons des combats qui ne s’arrêtent plus aux frontières de l’Hexagone mais doivent mobiliser sur une échelle fédérale. C’est ce qui explique la présence d’Annina Svensson, la directrice suédoise de Spotify, de Clare Binns directrice générale britannique de City Screen, ou de Jakub Duszynski, directeur de Gutek Films, société de distribution polonaise. Il s’agira donc d’envisager le rôle positif que peut jouer l’Union dans la défense du cinéma. Mais il faut être vigilant, car Bruxelles peut également initier des politiques néfastes pour la création cinématographique. J’en veux pour preuve la remise en cause l’an dernier du Programme Media, qui favorise pourtant la circulation des films européens hors de leur pays d’origine. Seule une forte mobilisation de l’ARP et de plusieurs réalisateurs prestigieux, a poussé le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, à faire machine arrière.
D’autres thématiques prévues ?
Oui, plusieurs. Un autre volet de notre réflexion sera motivé par l’actualité. Canal plus a récemment été à l’origine d’un grand bouleversement en rachetant des chaînes de la TNT gratuite. L’initiative ne réjouit pas les autres acteurs du PAF, notamment TF1 et M6 qui craignent une concurrence faussée au bénéfice des chaînes rachetées. En effet, de par leur filiation avec la station cryptée, ces dernières profiteront d’un catalogue de films à prix avantageux. Quelles en seront les conséquences ? Les patrons des principaux opérateurs nous répondront lors d’un débat arbitré par les professionnels du cinéma.
Enfin, cette édition s’achèvera sur le thème de la culture au sens large, avec la volonté de l’ARP de voir émerger un nouveau modèle économique. Il devient en effet nécessaire de s’organiser pour faire face à l’arrivée des fournisseurs de services américains tels que iTunes ou Netflix. Sans un modèle économique efficace et sans volonté politique forte, les compagnies européennes risquent de perdre leurs parts de marché. Il est en outre nécessaire de réfléchir à des pistes nouvelles pour financer la création, avec, par exemple, une TVA à taux réduit. Les présidentielles approchant, l’ARP sollicitera chaque candidat en lice afin de connaître ses propositions sur ces questions.
Les Rencontres Cinematographiques accueilleront au Grand-Theatre du centre-ville pres de 600 professionnels venus d’Europe et des Etats-Unis afin de reflechir aux grands enjeux du secteur cinematographique. Retrouvez le programme de l’ensemble des débats en cliquant ici.
















