Affaire Dils / Heaulme : « La justice préfère botter en touche »
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Patrick Dils
Le 28 septembre 1986, les cadavres des petits Cyril Beining et Alexandre Beckrich sont découverts à Montigny-lès-Metz aux abords d’une voie ferrée. Accusé pour le double meurtre, Patrick Dils passera quinze années derrière les barreaux avant d’être totalement blanchi en 2002. Le journaliste dijonnais Emmanuel Charlot, auteur d’une contre-enquête publiée en 2008, suit toujours de très près ce dossier qui n’a pas encore révélé tous ses secrets.
GazetteINFO.fr : Depuis la sortie de votre livre contre-enquête en 2008 (L’affaire Dils-Heaulme – Flammarion), quels sont les derniers développements concernant notamment l’éventuelle implication de Francis Heaulme et de Henri Leclaire ?
Emmanuel CHARLOT : Depuis mars 2008, il y a eu un supplément d’information demandé par le procureur général de Metz, ainsi qu’un certain nombre d’actes émanant de l’avocate d’une des mères des victimes, dont la mise en examen de Henri Leclaire, le premier à avoir avoué le double meurtre à l’époque. Cette demande a été refusée mais il est à ce jour témoin assisté. Ce qui n’est pas rien en matière juridique, c’est juste le cran en dessous de la mise en examen. On va dire qu’il est dans la nasse de la justice. Une confrontation entre Francis Heaulme et Henri Leclaire a eu lieu en décembre 2010. Confrontation durant laquelle ils ont affirmé ne pas se connaître.
Henri Leclaire avait cherché d’ailleurs à vous causer quelques soucis à la sortie du livre…
Il m’a attaqué en diffamation dès la sortie du livre. Il a été débouté en première instance et en appel. Les juges ont estimé que mes propos ne pouvaient pas être considérés comme diffamatoires. Ils ont surtout estimé que le fait que Leclaire se souvienne de la façon dont étaient habillés les deux enfants deux mois après le meurtre était un élément troublant…
On sent que la justice a toutes les cartes en main dans cette affaire pour faire éclater la vérité et pourtant…
Au-delà de ce dossier, la justice n’aime pas beaucoup remettre en cause ses propres décisions. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale il n’y a eu que sept procès révisés pour des centaines de demandes. Dans cette affaire on peut se demander effectivement pourquoi le juge n’a pas renvoyé Heaulme devant la cour d’assises alors qu’il l’avait mis en examen en 2006. La réponse est simple, c’est le juge lui-même qui me l’a dit. Si Heaulme venait à être acquitté, quel serait le bilan ? Une condamnation à perpétuité pour Dils, recondamné à vingt-cinq ans lors d’un deuxième procès, acquitté en 2002 avec un risque d’acquittement pour Francis Heaulme… Ce serait une véritable Bérézina pour la justice. Donc on préfère botter en touche et prononcer un non-lieu.
« Dils a envie de savoir qui sont les auteurs »
Lors d’un entretien que nous avions eu en 2008 à l’occasion de la sortie de votre livre (voir en cliquant ici), vous me disiez que certains enquêteurs et magistrats étaient, aujourd’hui encore, convaincus de la culpabilité de Patrick Dils… C’est encore le cas ?
Bien sûr. Le fait que Francis Heaulme ne soit pas poursuivi devant la cour d’assises permet à certaines mauvaises langues d’affirmer : « Vous voyez il n’y a pas de fumée sans feu… Il n’y a rien contre Heaulme puisqu’il n’est pas en assises. Donc si ce n’est pas Heaulme c’est qui ? C’est Patrick Dils bien sûr ». Il y a effectivement une remise en cause totalement dégueulasse de son innocence.
Et Patrick Dils dans tout ça… A-t-il tourné la page ?
Même s’il a été acquitté et innocenté, Patrick Dils a envie de savoir qui sont les auteurs des faits. Pour lui déjà, mais également pour éviter aussi que certains ne remettent sans cesse en cause son innocence.
Cette affaire ne peut qu’en rappeler une autre, celle du petit Grégory… La vérité sera-t-elle connue un jour ?
Difficile à dire. Tout dépendra de la volonté de l’actuel juge d’instruction. Le tribunal de Metz attend les consignes de la Chancellerie. Ils ne bougeront pas tant qu’il n’y aura pas de consigne. S’il est renvoyé devant la cour d’assises je pense que l’on connaîtra enfin la vérité. Dans le cas contraire je crains qu’on ne connaisse jamais la vérité judiciaire.

















Plutôt que d’avouer une erreur, de tout mettre en œuvre pour que cela ne se reproduise plus et de tout faire pour connaitre la vérité, on se voile la face, on ne change rien et on continue. Exactement le même problème que pour les récidivistes, remises de peines et autres criminels en liberté en attendant d’avoir une place en prison.
A quand une réforme efficace de la justice?